Le grand-orgue a été construit en 1868 par Cavaillé-Coll. Aristide Guilmant en fut le titulaire jusqu’en 1901. Charles Quef lui succéda et y accompagna les funérailles de Rossini. Olivier Messiaen, grand compositeur et homme de foi, le tint de 1931 jusqu’à sa mort en 1992. Naji Hakim a pris sa succession.
N’ayant jamais voulu séparer sa foi chrétienne de sa musique, Olivier Messiaen a assuré durant plus de 60 ans sa mission d’organiste liturgique. Et lorsqu’il était présent à la Trinité, c’était d’abord en chrétien. Du haut de la tribune de l’orgue, accompagné de son épouse Yvonne Loriod, il participait attentivement à la messe, dans la prière et la contemplation. L’orgue était son univers, toute sa vie : “J’aime mon orgue ! Il est pour moi un frère, un fils, et je serais désespéré de m’en séparer.”
Ce qui étonnait chez ce compositeur à la renommée universelle, c’était l’extrême simplicité avec laquelle il accomplissait son service. Une de ses plus grandes joies était d’improviser sur le plain-chant. Il cherchait toujours à respecter au mieux la tonalité de la fête célébrée, la couleur des lectures du jour.
Puisant dans la richesse du cycle liturgique, c’est à l’orgue de la Trinité que Messiaen a expérimenté ses timbres variés et trouvé l’inspiration de ses principales œuvres : la Nativité, la Transfiguration, l’Ascension, la Pentecôte, le mystère de la Sainte-Trinité, l’Eucharistie...
Des quatre coins du monde on venait écouter cette “musique-vitrail, véritable arc-en-ciel théologique”.
La fontaine à couleurs
L’instrument original de cette peinture acoustique gagna en 1934 sept nouveaux jeux, et une machine pneumatique au Positif. Dans les années soixante, les transmissions de l’orgue furent électrifiées, une console neuve à trois claviers fut installée, huit nouveaux jeux furent ajoutés (pour un total de 61) et l’instrument fut doté d’un combinateur électronique à six combinaisons générales ajustables. Il s’est ainsi enrichi de mixtures (pleins jeux, nazards et tierces) et de batteries d’anches très complètes.
L’attaque put être plus rapide ainsi que les changements de couleurs plus fréquents et plus variés. L’instrument connaît encore un nouveau souffle depuis sa restauration en 1993. Cependant les plus beaux timbres restent ceux de Cavaillé-Coll : les montres, les flûtes, les anches très puissantes, l’extraordinaire basson 16, et le merveilleux quintaton du Positif.
S’il existe dans le monde beaucoup d’instruments plus grands et grandioses que l’orgue de la Trinité celui-ci, au jugement d’Olivier Messiaen, les égale en puissance, en majesté, et les surpasse peut-être pour le mystère et la poésie.

- Messiaen à l’orgue de la Trinité
D’autre part, on peut tout jouer à la Trinité : il ne s’agit pas seulement d’un orgue romantique sur lequel ne seraient possibles que des toccatas fracassantes ou des suavités à la César Franck.
L’instrument doté de nombreuses mixtures convient parfaitement à Cabezon, Frescobaldi, Nicolas de Grigny. La beauté de ses cornets (et spécialement le cornet du Positif qui est le cornet solo de l’instrument) se prête admirablement aux chorals ornés de Jean-Sébastien Bach.
Le fait que chaque jeu est extraordinairement “typé” sert à merveille la musique moderne, de Marcel Dupré à Charles Tournemire aux contemporains les plus avancés.
A la Trinité, les proportions acoustiques sont bonnes : pas de sécheresse, pas de brouillage, mais une quantité suffisante d’“aura” et de rebondissement du son pour assurer la poésie harmonique en même temps que la précision des attaques.
Si l’organiste sait doser ses registrations et ménager de temps à autre les silences nécessaires, toute la musique “passe” et “sonne” dans le fracas le plus tonitruant comme dans les détails les plus mystérieux et les plus lointains.
Mais Messiaen projetait encore dans ses dernières années l’ajout de quelques teintes...
Ce texte provient d’un article du Père Francis Kohn (ancien curé de la Trinité), puis d’une note d’Olivier Messiaen.




